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Une lecture proposée ...

L’article souligne que les prêtres, souvent perçus comme des figures infaillibles,

ont pourtant besoin de reconnaissance,

de présence et de soutien pour vivre leur mission sans s’épuiser,

et que c’est à la communauté de veiller sur eux avec humanité et fraternité.  

Mot du Doyen :  " Nous vous souhaitons d'avoir autour de vous, le soutien dont vous avez besoin "

Et si, à Pâques, l’espérance faisait la une ?

Une jeune catholique encourage à soutenir les prêtres.

Avec leur chasuble, les prêtres passent parfois pour des super-héros.

Ils ne sont pourtant pas moins humains que les autres…

Chargés de prendre soin des âmes, ils sont parfois eux-mêmes découragés, fatigués.

Une fatigue silencieuse face au manque de reconnaissance.

Comment les aider?

Delphine Lepour, membre du service de la pastorale des jeunes du Brabant wallon, ose des mots et nous ouvre des voies.

Il y a dans l’Évangile une scène que nous méditons rarement sous cet angle : au jardin de Gethsémani, Jésus demande à ses disciples de veiller avec lui.

Ce n’est pas une demande “fonctionnelle”, mais profondément humaine : il demande une présence.

Une consolation. Un soutien.

Jésus lui-même a éprouvé ce mystère : la mission ne supprime pas les besoins du cœur.

Et c’est précisément cette simple humanité dont j’ai l’impression que beaucoup de prêtres manquent aujourd’hui.

La reconnaissance : un besoin humain, pas un caprice

On imagine souvent que les prêtres vivent essentiellement de spiritualité, de prière, de sens.

Et certes, leur vocation leur offre une force intérieure que beaucoup admirent à juste titre.

Mais le sens, si profond soit-il, ne suffit pas à combler tous les besoins humains.

Même les plus saints restent faits de chair, de vulnérabilité et de désir de relation.

La psychologie sociale l’a montré : tout être humain a besoin de sécurité, de lien, de reconnaissance et de sens. La fameuse pyramide de Maslow n’est plus considérée comme une hiérarchie stricte, mais ses catégories restent éclairantes.

Or, si les prêtres vivent intensément du sens de leur mission, j’observe qu’ils manquent souvent de ce qui soutient l’équilibre intérieur : le lien et la reconnaissance.

Paul Ricœur, philosophe français, soulignait que la capacité d’agir dépend étroitement de la capacité d’être reconnu.

Autrement dit : on ne peut contribuer pleinement que si l’on se sait vu, accueilli, reconnu dans ce que l’on est et dans ce que l’on apporte.

Nos prêtres sont des hommes à qui, sous le couvert de leur ministère, nous demandons souvent, sans même nous en rendre compte, d’avoir tous les charismes : bon communicateur, compatissant, humble mais leader, attentif aux jeunes, aux pauvres, aux personnes âgées, aux familles, proche mais jamais trop, distant mais pas froid, ouvert mais pas progressiste, fidèle à l’Évangile mais pas traditionnaliste, disponible pour toutes les activités locales, et encore davantage !

Mais sommes-nous, nous-mêmes, aussi parfaits que ce que nous attendons d’eux ?

Peut-être devons-nous apprendre à regarder au-delà du col romain ou de la croix épinglée sur le pull : à voir l’homme derrière le prêtre, avec sa sensibilité, ses besoins, ses fragilités, rigoureusement identiques aux nôtres.

Exposés pour servir, invisibles pour être

Dans notre Église, le prêtre est celui qui écoute, accueille, console, se rend disponible.

Ce qu’il vit, en retour, demeure souvent invisible. Il donne son temps, son énergie, parfois jusqu’à l’épuisement. Et pourtant, lorsqu’il rentre chez lui après une journée dense, il ne trouve pas ce que la plupart d’entre nous considèrent comme allant de soi : un regard qui réconforte, une main posée avec douceur, ou les bras d’un enfant qui se jettent spontanément autour du cou.

Ces gestes, comme le toucher qui apaise, la proximité qui rassure, ils n’y auront jamais accès. S’en priver fait partie de leur choix, certes, mais est-ce qu’un choix, même libre et lumineux, supprime le besoin ?

Nous savons bien que non. Nos propres décisions, même heureuses, n’effacent ni les manques, ni les soirs de doute, ni le besoin d’être soutenus.

Pourquoi serait-ce différent pour eux ? Depuis sept ans que je travaille au service de l’Eglise, je l’entends régulièrement dans les conversations, d’abord à demi-mot, puis plus nettement quand la confiance s’installe : beaucoup de prêtres vivent une fatigue silencieuse. Pas seulement physique : une fatigue intérieure, non pas liée à une foi qui s’épuise, mais liée à la solitude, la charge pastorale, et parfois le découragement.

Certes, ils savent qu’ils sont les bienvenus dans le bureau de leur évêque, mais pourquoi attendre qu’ils fassent eux-mêmes le premier pas ?

Ils ont troqué la sécurité d’une famille de sang pour une famille plus vaste : la nôtre. Alors, dans cette nouvelle famille, qui devient leur appui ? Qui incarne ces gestes simples qui manquent tant ?

A priori, c’est à nous d’occuper cette place, tout simplement. Il est vrai que beaucoup de paroissiens invitent leur prêtre à dîner. C’est précieux !

Cela brise la solitude et rappelle que le ministère se vit au milieu des vivants. Mais cela ne comble pas tout.

En trois heures autour d’une table, le prêtre reste souvent… le prêtre.

L’homme derrière la fonction, celui qui doute, qui se décourage, qui aimerait parfois simplement être vulnérable, peut rarement dévoiler ce visage. Souvent parce qu’il ne veut pas peser, inquiéter, décevoir, mais aussi par peur de ne pas être compris dans sa vocation si singulière. D

ans les relations paroissiales, l’affection cohabite souvent avec une forme de demande permanente.

Le prêtre est celui qu’on sollicite : pour un baptême, une messe, un conseil, un conflit, une présence.

Les moments où quelqu’un lui demande « Comment allez-vous, vraiment ? » , « Y a-t-il des choses qui vous préoccupent ? » sont rares.

Ceux où on lui demande ce qui lui ferait plaisir le sont encore davantage.

Et les paroles de gratitude gratuite, offertes pour ce qu’il est, pas seulement pour ce qu’il fait, se font parfois attendre.

L’Église n’est pas une entreprise… mais l’humain fonctionne partout de la même manière

Dans le monde du travail, on sait qu’un collaborateur non reconnu finit par s’essouffler.

Les études en management comme en psychologie organisationnelle convergent : personne ne peut porter durablement les autres sans être soi-même porté.

Comme le rappelle le pape François : « Les prêtres ne sont pas des super-héros. Ils ont besoin d’une communauté qui les soutienne, qui les reconnaisse, qui les aime ». Leur vocation ne les transforme pas en êtres infatigables. Elle leur donne un appui spirituel immense, mais pas un cœur de pierre.

Ils ont besoin, comme chacun, d’être encouragés, estimés, entourés. Non pour flatter l’ego, mais pour soutenir l’humain qu’ils sont, et la mission.

Penser qu’ils devraient tenir sans faillir parce qu’ils sont prêtres manquerait d’humilité de notre part comme de la leur: la grâce n’abolit pas la fragilité humaine, elle l’accompagne.

Psychologiquement, les prêtres vivent une charge émotionnelle semblable à celle des soignants car ils accompagnent les personnes en deuil, misère, conflits familiaux, solitude, perte de sens...

Les études sur l’épuisement compassionnel montrent que les métiers où l’on « donne de soi » nécessitent justement le plus de soutien.

Là où un prêtre est porté, l’Église rayonne

Il ne s’agit pas de trouver des solutions miracles, mais de retrouver un réflexe familial envers ceux qui veillent sur nous. Le prêtre est père, certes, mais nul n’est père sans famille.

Que fait-on pour que notre famille se sente bien ?

La réponse est sans doute la même à apporter pour soutenir les prêtres.

Quand un mon enfant fait quelque chose de bien, je le félicite et l’encourage à continuer.

Quand mon mari rentre tourmenté du travail, je m’assieds une heure à côté de lui pour qu’il puisse déposer ses préoccupations.

Dans une famille, on prend soin presque naturellement.

Un prêtre n’est pas un enfant ni un conjoint, mais il appartient à cette famille élargie qu’est l’Église.

Alors peut-être la vraie question est simplement : Que faisons-nous pour que notre famille se sente bien ?

La réponse n’est pas très différente pour eux : une présence, un mot vrai, une attention délicate, un regard qui accompagne.

Enfin, peut-être faut-il simplement… les aimer avec leurs limites aussi.

Non pas les idolâtrer, ni les ménager comme des statues fragiles, mais les aimer vraiment : en percevant la personne, l’humain avant le ministère.

Prendre soin de nos prêtres n’est pas juste un geste de gentillesse.

C’est aussi un acte ecclésial. Là où un prêtre retrouve la joie, une communauté respire.

Là où un prêtre est porté, c’est toute l’Église qui avance, car ce n’est qu’avec cette reconnaissance et cette présence fraternelle qu’il peut pleinement s’accomplir dans son humanité et dans sa mission.

Veillons les uns sur les autres

Revenir à Gethsémani nous rappelle une vérité essentielle :

Jésus ne reproche pas à ses disciples de ne pas l’avoir sauvé. Il leur reproche doucement de ne pas avoir veillé. Veiller, c’est être présent.

Voir l’autre. Lui offrir un espace où il peut respirer.

Veiller, c’est reconnaître la fatigue, la fragilité, l’humanité de celui qui se tient debout pour les autres.

Veiller, c’est ne pas laisser seul celui qui porte plus de poids qu’il n’en montre.

Nos prêtres n’attendent ni qu’on les idéalise ni qu’on les plaigne.

Ils attendent qu’on les accompagne comme Jésus l’a demandé aux siens : avec une présence vraie,

un regard qui voit, un cœur qui écoute.

Parce que personne ne peut traverser les nuits seul, pas même Jésus.

Et sûrement pas ceux qui ont choisi de marcher à sa suite.

                                                                                                                                                                                       Par Delphine LEPOUR

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